Je fais ce rêve mitigé et trouble, d’un monde sans vie et sans haine, d’un monde différent et indifférent.

 
Un champ de ruines, dans lequel je suis seul. J’y erres avec indifférence au milieu de débris d’une vie qui a un jour existé et qui aujourd’hui est défigurée, oubliée, et transformée en des cendres emportées par le vent et la pluie, emportées par le temps et l’oubli.

 

J’avance dans ce décor cauchemardesque sans but précis, si ce n’est celui d’avancer tel un zombi. Avancer pour me prouver que je suis, que j’existe bel et bien et que je suis la preuve d’une vie.

 

A moins que je n’avance pour éviter de regarder cette unicité qui est devenue soudainement mienne et qui doit sembler être  un désastre naturel, une remise en cause de l’existence en tant que telle, une approche inévitable de l’apocalypse, de la fin de la vie, de la discontinuité qui régnera désormais sur ce monde, du jugement dernier, de la fin de tout ?

 

Au lieu de quoi, je continue d’avancer, en tirant des bouffées bien longues et machinale sur une cigarette de fortune, roulée avec un bout de papier journal, avec un tabac séché que j’ai déniché je ne sais où !!

 

Un regard vide, un fantôme passant son chemin, un fantôme de la nuit, de la vie, un fantôme dont on ignore l’existence et qui et qui n’a pas l’air non plus de s’intéresser lui-même à cette existence, à cette vie.

 

Un automate ayant la capacité d’éprouver des sentiments, de la haine, de l’amour, de la lassitude, de l’ennui, de la joie, de l’espoir et du désespoir.

Peut être bien qu’il a toutes ces capacités, mais il ne s’en sert pas, il n’en a rien à faire, et cela ne le dérange même pas.

  

La seule préoccupation qui me tourmente l’esprit, c’est savoir s’il existe encore sur cette planète des cachettes secrètes de tabac dans lesquelles je pourrais dénicher quelques paquets, parce que du papier journal, c’est vraiment dégueulasse au bout des lèvres.

 

La cigarette se consomme peu à peu, tabac et journal, tout se brûle et se transforme en cendres. Une odeur alors s’en dégage, une odeur de brûlé mélangé à un air abîmé des odeurs de la mort qui règne sur cette ville, une odeur qui me chatouille les narines et qui m’accompagne le long de mon chemin, un chemin sans issue.